Ecriture photographique et rémanence narrative chez Marcelline Delbecq

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Mercredi, 23 Avril, 2014

Marcelline Delbecq utilise le modèle narratif de la road story pour guider l’écriture, faisant évoluer la narration au fil des déplacements dans l’espace. La route, alternant lignes droites, courbes, demi-tours et arrêts, imprime au récit ses accélérations, ses arrêts sur image et les apparitions-disparitions d’images qui ponctuent cette trajectoire narrative figurée. Le dispositif de l’ouvrage Un battement de cils (2009, éd. Centre Pompidou) traduit dans l’espace de la ville (Metz) les errances durant lesquelles images et textes alternent au gré du regard : l’ouvrage, mis en scène par le graphiste Chi Ng Wai, fait vivre au lecteur par le jeu des plis des pages le dévoilement des photographies et la reconstitution du fil textuel.

Ces intermittences font partie des motifs récurrents dans le style narratif de Delbecq, que l’on retrouve thématisé dans le livre conceptuel Landscapes/Blackout avec Marina Gadonneix (RVB Books, 2011). Le texte de Delbecq débute dans un avion qui atterrit de nuit, le narrateur encore assoupi dans les vapeurs d’alcool. Les fragments se succèdent ensuite dans cette ville située au bord du désert : certains commencent dans le noir, d’autres se closent en « black out ». A l’arrière-plan de Paréidolie (2011, éd. Frac Aquitaine-Mix), tant dans sa forme que son contenu, se trouve l’œuvre de Robert Barry, Returning (1977) qui avait servi de point de départ à la contribution de l’artiste pour cette « fiction à l’œuvre », texte de commande à partir d’une œuvre de la collection du Frac. Le récit conceptuel de Robert Barry, dans la veine du Narrative Art et aux accents autobiographiques, fait alterner des diapositives de paysages (plages, forêts) avec des mots apparaissant sur fond noir à la manière des intertitres dans les films muets, un type de projection de Marcelline Delbecq exploite elle-même lors de ses lectures-performances (Glimpses, 2006 ou alibi… poudre aux yeux, 2013). Ainsi l’alternance d’écrans noirs dans la projection de diapositives et les ellipses du texte se font-elles directement miroir, prenant le dispositif phototextuel comme matrice formelle de l’écriture et de la rythmique narrative. La dynamique de l’écriture et du livre illustré se superpose à un palimpseste esthétique dans la tradition conceptuelle tout en l’entrecroisant avec celui, cinématographique, du road movie