Photographie et indice : voir, interpréter et convaincre

Responsable(s) de l’atelier: 

Lavoie, Vincent

Département d’histoire de l’art, Université du Québec à Montréal

Lussier, Alexis

Département d'études littéraires, Université du Québec à Montréal
Lieu: 
DE-3240 (1440, rue Sanguinet, H2X 3X9)
Date: 
Jeudi, 24 Avril, 2014
Horaire: 
10h15 à 13h15
Journée affiliée: 

À travers l’indice se pose le rapport à l’enquête, à la preuve, au récit, à une symptomatologie de la vérité que plusieurs chercheurs critiquent ou revisitent, à la suite par exemple de Ginzburg, en interrogeant la valeur de probité que le droit reconnaît ou non à la photographie depuis les années 1880. Pourquoi les avocats, les experts appelés à la barre font-ils appel aux images pour faire valoir leurs opinions? Pourquoi les mots ne suffisent-ils pas pour emporter la conviction des jurés lors de procès d’assises? Il y a quelque chose d’archaïque et de fondamentalement contemporain dans le geste de brandir des photographies, de projeter des documents visuels, de lancer une animation infographique à des fins de persuasion. Archaïque parce que ces gestes de démonstration renvoient au fondement même de la rhétorique. Contemporain parce que les images, ces « témoins silencieux », tiennent la dragée haute à ces preuves invisibles que la criminalistique recueille (fibres, fluides, molécules) et présente comme irréfutables. Si l’admissibilité en preuve des images n’est pas chose récente, leur reconnaissance au titre d’« arguments visuels » l’est davantage. On doit donner à voir pour convaincre. Ce principe est en apparence simple. Toutefois, celui-ci prend aujourd’hui une dimension inédite avec la montée en puissance de l’image au tribunal, la multiplication de sociétés spécialisées dans la modélisation d’accidents divers, une culture de la croyance dopée aux documents visuels (Rodney King, O.J. Simpson, Caylee Anthony). La photographie est dans ce contexte plus que révélatrice d’indices; elle est pourvoyeuse de preuves. De l’indice à la preuve, de la supposition à la conviction, voilà peut-être le saut qualitatif – fondé ou fantasmé – que cette rencontre pourrait proposer d’étudier à partir de l’image photographique. Cette rencontre pourrait faire en sorte que se croisent des lectures et des usages judiciaires, littéraires et artistiques de l’indice visuel. Alors que l’indice est lui-même, en quelque sorte, halluciné soit en raison de la mise en valeur photographique du détail ou de la pièce à conviction, qui a toujours pour effet de rendre le visible plus frappant, on aura également l’occasion de s’interroger sur l’efficacité visuelle de l’indice. L’indice, en effet, n’est-il pas un moment visuel singulier ? Une mise en valeur du détail qui aurait pour effet d’exorbiter le regard ? 

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